Rapport annuel de l'ASN 2010

47 CHAPITRE LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES: RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT 1 L’évaluation du risque de cancer du poumon dû au radon fait l’objet d’une modélisation spécifique, fondée sur l’observation des données épidémiologiques chez les travailleurs des mines. En retenant l’hypothèse d’une relation linéaire sans seuil pour les expositions à faible dose, le risque relatif lié à l’exposition au radon, pour une concentration de radon égale à 230 becquerels par m3 (Bq/m3), serait du même ordre que celui lié au tabagisme passif (Académie des sciences USA, 1999). 1I 3 Incertitudes scientifiques et vigilance Les actions menées dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection pour prévenir les accidents et limiter les nuisances ont permis de réduire les risques mais pas d’atteindre le risque zéro, qu’il s’agisse par exemple des doses reçues par les travailleurs ou de celles associées aux rejets des INB. De nombreuses incertitudes et inconnues persistent; elles conduisent l’ASN à rester attentive aux résultats des travaux scientifiques en cours, en radiobiologie et en radiopathologie par exemple, avec des retombées possibles en radioprotection, notamment en ce qui concerne la gestion des risques à faible dose. On peut citer, en particulier, plusieurs exemples de zones d’incertitude, concernant les radiopathologies à forte dose, les effets des faibles doses et la protection de l’environnement. 1I 3 I 1 Radiopathologies à forte dose L’hypersensibilité aux rayonnements ionisants – Les effets des rayonnements ionisants sur la santé des personnes varient d’un individu à l’autre. On sait par exemple, depuis que cela a été énoncé pour la première fois par Bergonié et Tribondeau en 1906, que la même dose n’a pas le même effet selon qu’elle est reçue par un enfant en période de croissance ou par un adulte. Une hypersensibilité individuelle aux fortes doses de rayonnements ionisants a été bien documentée par les radiothérapeutes et les radiobiologistes. C’est le cas pour des anomalies génétiques de la réparation de l’ADN et de la signalisation cellulaire qui font que certains patients pourront présenter une hypersensibilité extrême pouvant conduire à des « brûlures radiologiques ». Enfin, des patients sont plus sensibles pour développer des cancers. Au total, environ 5% de la population est concernée par une hypersensibilité aux rayonnements ionisants. Dès lors se posent des questions délicates dont certaines dépassent le cadre de la radioprotection et ont un caractère éthique: –les enfants doivent faire l’objet d’une attention particulière en matière de radioprotection lors d’expositions aux rayonnements ionisants d’origine médicale; –dès lors que les radiobiologistes ont développé des tests de mise en évidence de l’hyper-radiosensibilité individuelle, le dépistage individuel avant toute radiothérapie doit-il être prôné? –doit-on rechercher l’hypersensibilité éventuelle d’un travailleur susceptible d’être exposé aux rayonnements ionisants? –la réglementation générale devra-t-elle prévoir une protection particulière pour les personnes concernées par une hypersensibilité aux rayonnements ionisants? 1I 3 I 2 Effets des faibles doses La relation linéaire sans seuil – L’hypothèse de cette relation, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur la santé (voir point 1⏐2), aussi pratique soit-elle sur un plan réglementaire, aussi prudente soit-elle sur un plan sanitaire, n’a pas toute l’assise voulue sur un plan scientifique: certains estiment que les effets des faibles doses pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces doses pourraient n’avoir UNSCEAR Le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) a été créé en 1955 lors de la 10e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Il rassemble 21pays et rend compte à l’Assemblée générale des Nations unies. C’est un organisme à caractère scientifique qui valide et cautionne les résultats d’études nationales ou internationales relatives aux effets des rayonnements ionisants sur l’homme. Dernières publications - Effets des rayonnements ionisants (2006). Volume 1 – annexe A (Épidémiologie des cancers radio-induits) et annexe B (Épidémiologie des maladies cardiovasculaires et des maladies autres que les cancers causés par les rayonnements). Volume 2 – annexe C (Effets non ciblés et retardés des rayonnements ionisants), annexe D (Leurs effets sur le système immunitaire) et annexe E (Bilan des relations source-effets pour le radon domestique et professionnel). Rapport UNSCEAR 2006 «Effects of ionizing radiation» COMPRENDRE

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